(l)DIOTIMA...(l)
"Aussi, grands dieux du ciel, je veux vous rendre grâces,
Et mon chant suppliant s'apaise peu à peu.
Comme en ces jours heureux où nous allions ensemble
Causer sur la colline au doux soleil de mai,
Un dieu me parle au fond de mon c½ur qui tressaille.
Je veux vivre, il le faut; déjà les prés sont verts,
Du haut des monts neigeux Apollon nous appelle.
Vois, tout n'était qu'un songe, et nos ailes saignantes
Ont refermé leurs plaies, et l'espoir nous revient.
Combien de grandes découvertes nous attendent !
Quand on s'est tant aimé, on va, j'en suis certain,
On va sur le chemin sacré qui mène aux dieux.
Guidez-nous maintenant, ô vous, heures sacrées,
Heures de la jeunesse, instants graves et doux,
Et vous, pressentiments, ferveurs, saintes prières,
Favorables esprits qui protègent l'amour.
Demeurez avec nous jusqu'au jour du revoir,
En ces lieux où les morts aisément apparaissent,
Là-haut dans le séjour des aigles et des astres,
Messagers de l'Éther; d'où descendent vers nous
Les Muses, les amants, les héros, Ies poètes, -
Ou peut-être en cette île humide de rosée
Où nous fleurirons tous en un même jardin,
Au pays bienheureux où sont vrais les poèmes,
où dure plus longtemps la beauté des printemps..
Où s'ouvrira un nouveau cycle de nos âmes."
HÖLDERLIN Friedrich, "Plaintes de Menon pleurant Diotima"